Mission

Le rôle du Grand Rabbin de France: cinq questions et réponses

1) Qui a instauré le grand rabbinat de France?

La fonction de Grand Rabbin de France a été établie par le gouvernement impérial, en 1808, au lendemain de la réunion du Grand Sanhédrin de Paris, pour permettre aux Juifs français d’avoir une autorité morale et spirituelle unique, expression de tous les citoyens de confession juive. Comme le souligne le Grand Rabbin Charles Touati, les Grands Rabbins de France n’ont jamais été les agents passifs et dociles du pouvoir politique. Leur patriotisme sincère est allé toujours de pair avec la défense intransigeance de la foi et de la législation du judaïsme. Tous les Grands Rabbins qui se sont succédés à la tête du judaïsme français ont su préserver, à la fois, une fidélité personnelle à la stricte observance de la Halakha, la loi rabbinique traditionnelle, et une ouverture tolérante et fraternelle à tous les Juifs, de différents niveaux d’observance.

2) La création du Grand Rabbinat de France, fut-elle une mutation dans l’histoire du judaïsme hexagonal?

Oui, incontestablement. Avant la Révolution Française de 1789, les Juifs de France ne constituaient pas une communauté unifiée, mais une mosaïque de communautés séparées, chacune dans sa région, avec ses coutumes, ses rites, ses propres autorités rabbiniques: Alsaciens et Lorrains, Bordelais, Avignonnais, n’ayant aucun rapport les uns avec les autres. La création du Grand Rabbinat de France a joué un rôle considérable dans la naissance d’une conscience commune de tous les Juifs du pays: être membres d’une même communauté, avec un riche et glorieux passé commun, avec un présent commun fait de défis nouveaux, avec un avenir commun à construire, au-delà des différences de coutumes régionales, de traditions rituelles, d’origine familiale.

3) Le Grand Rabbin de France incarne-t-il un courant idéologique spécifique à l’intérieur du monde juif?

Non, absolument pas! Il a pour mission essentielle, de rassembler et de fédérer, dans l’harmonie et dans le respect mutuel, tous les Juifs de France autour des valeurs morales et des principes spirituels du judaïsme. Le modèle juif français est, de ce point de vue, très différent de celui qui est en vigueur aux USA, où les Juifs se groupent en communautés séparées, orthodoxes, conservatrices, reconstructionnistes et reformées, sans aucune autorité rabbinique centrale. F ace à cette dispersion des sensibilités religieuses, la France a offert, au cours des deux derniers siècles, un modèle original d’unité et de solidarité autour des grandes valeurs communes. Mais si le Grand Rabbin de France n’incarne pas un courant, une idéologie, un secteur, un groupe, il incarne, par sa pensée, son discours, ses actions, la foi et la loi du judaïsme, à la lumière de la Thora et des Sages d’Israël.

4) Quel est le rapport du Grand Rabbin de France à l’Etat d’Israël?

Depuis la naissance de l’Etat d’Israël, tous les Grands de France ont affirmé leur intense solidarité fraternelle à la nouvelle grande expérience sioniste en cours: une patrie libre pour le peuple juif, sur la terre de nos ancêtres. Cette solidarité s’exprime à l’égard de l’ensemble du peuple d’Israël. Elle n’est ni partisane ni sectaire. Au cours de tous les événements historiques vécus par l’Etat d’Israël, heureux ou traumatiques, la voix des maîtres spirituels du judaïsme français a toujours affirmé son soutien indéfectible à nos frères.

5) Le grand Rabbin de France, doit-il intervenir dans les grandes questions de société ou rester à l’écart des débats ?

Le judaïsme français, partie intégrante de la société française, ne saurait rester indifférent aux problèmes et aux drames vécus par le pays, le continent, voire la planète. Le message du judaïsme,dans des domaines comme l’immigration, l’accueil de l’étranger, la liberté religieuse, le couple et le mariage, l’univers carcéral, la paix, le dialogue entre les cultures et les confessions, la liberté de conscience et d’expression, le dépassement du racisme et de la xénophobie, les droits de la femme, la défense des enfants, la lutte contre l’exclusion, doit s’exprimer, dans la cité, par la voix de ses personnalités les plus autorisées et représentatives, dont le Grand Rabbin de France, qui joue le  rôle primordial de voix juive dans le concert des familles de pensée.