Les Grands Rabbins de France

Gilles Bernheim

Gilles Bernheim naît à Aix-les-Bains dans une famille juive alsacienne originaire d'Europe de l'Est.
À Aix-les-Bains, Gilles Bernheim est scolarisé dans l'enseignement public. A la fin de la classe de seconde, il part en Israël, où il étudie dans une yeshiva de Netivot, dans le Néguev. Il étudie ensuite, à l'âge de 24 ans, dans un kollel (école talmudique pour hommes mariés) à Jérusalem.
Avant de devenir rabbin (diplômé du Séminaire Israélite de France), Gilles Bernheim participe activement au mouvement de jeunesse Yechouroun (où il est moniteur et animateur de colonies), sous la direction de Henri Ackermann et de Liliane Ackermann. Il y fréquente aussi Théo et Edith Klein.

Il devient rabbin des étudiants en 1978, puis des universitaires (jusqu'en 1996).
Il dirige le département Torah et Société du Consistoire de Paris où il poursuit une tâche d'accueil, d'échanges, d'enseignements et de publications centrée sur les grands problèmes de société.
Il préside aussi la commission d’éthique médicale au Consistoire de Paris et est vice-président de l’amitié judéo-chrétienne de France.

Gilles Bernheim est élu Grand rabbin de France le dimanche 22 juin 2008. Son mandat de 7 ans a pris effet le 1er janvier 2009.
En janvier 2009, il effectue sa première visite pastorale lors d'un déplacement à Toulouse. Sa visite est marquée par l'inauguration en compagnie de Monseigneur Le Gall, archevêque de Toulouse, d'une plaque commémorative à la synagogue Palaprat. Cette plaque rend hommage à Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse en 1942, qui s'est opposé à la déportation des Juifs et qui a ainsi initié un vaste mouvement de sauvetage des Juifs et permis l'organisation d'un réseau où de nombreux enfants furent cachés dans des couvents ou institutions religieuses.

Il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur le 12 avril 2009.

Le 25 avril 2010, il est le premier grand rabbin de France à se rendre à Vichy pour rendre hommage aux déportés et aux Justes. Il dépose une gerbe devant l'hôtel du Parc, qui fut le siège du régime collaborationniste du maréchal Pétain.

Le 1er mai 2010, il se rend en pélérinage à la synagogue de la Ghriba à Djerba.

Joseph Sitruk

Joseph Sitruk est diplômé en 1970 après ses études en école rabbinique. Il est nommé rabbin de Strasbourg avant de devenir l'adjoint du grand-rabbin Max Warchawski.
En 1975, le rabbin Joseph Sitruk succède à Israël Salzer au poste de grand-rabbin de Marseille.

Il est élu grand rabbin de France en 1987. Il est ensuite réélu pour deux autres mandats de 7 ans chacun.
Il est notamment à l'initiative des différents Yom Hatorah (au Bourget et au Parc Floral de Paris), évènements qui ont réuni des milliers de personnes.
Il reçoit la distinction de Commandeur de la Légion d'honneur le 16 mars 2007.
Il est marié et père de 9 enfants.

René Samuel Sirat

René-Samuel Sirat, né à Bône (l'actuelle Annaba) en Algérie le 13 novembre 1930, rabbin et professeur (notamment de 1968 à 1996 à l'INALCO où il dirigea la section d'études hébraïques et juives de 1965 à 1992), fut Grand Rabbin de France de 1981 à 1988, puis Grand Rabbin au Consistoire central.

 

Jacob Kaplan

Jacob Kaplan, né le 5 novembre 1895 à Paris où il est mort le 5 décembre 1994, fut grand rabbin de France de 1955 jusqu’à sa retraite en 1980.

Jacob Kaplan naît dans une famille pieuse de cohanim originaire de Lituanie, au 21 rue des Écouffes, dans le Pletzl. Il est admis au Séminaire Israélite de France en 1913, mais ses études sont interrompues par la Première Guerre mondiale. Ayant demandé à être mobilisé comme simple fantassin, il se bat à Verdun et il est blessé en 1916. Il est décoré de la Croix de guerre 1914-1918.

Après la guerre, il reprend ses études et reçoit son diplôme de rabbin en 1921. Il est nommé rabbin à Mulhouse en 1922, puis rabbin de la Synagogue Nazareth à Paris en 1928 et rabbin de la Grande synagogue de la Victoire en 1936.
Nommé auxiliaire du Grand Rabbin de France Isaïe Schwartz à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie dès l’arrivée des Allemands, tout d’abord à Vichy où s’est déplacé le gouvernement de Pétain, puis à Lyon en 1942.

Il n’aura alors de cesse, au péril de sa vie, de faire jouer toutes ses connaissances afin de sauver le maximum de ses coreligionnaires. Il sollicite entre autres le cardinal Gerlier, auquel il demande d'intervenir auprès du gouvernement afin d’arrêter les convois de juifs partant pour l’Allemagne.

Nommé Grand Rabbin par intérim en janvier 1944 après le passage en Suisse d'Isaïe Schwartz pour échapper à la Gestapo, il est arrêté le 1er août 1944 par la police française, puis relâché le même jour contre rançon. Il obtient à la Libération la Croix de guerre 1939-1945.

Il est élu Grand Rabbin de Paris en 1950 succèdant à Julien Weill, puis Grand Rabbin de France en 1955. Après la guerre, sa principale préoccupation est de remettre sur pied la communauté, décimée par les nazis.
Après 1961, il s’occupe de l’afflux massif de ses coreligionnaires rapatriés d’Afrique du Nord et qui en quelques années doubleront la communauté juive française.
Devenu une autorité morale incontestée, il est élu en 1967 membre de l’Académie des sciences morales et politiques, pour laquelle il rédige de nombreuses communications.
En 1980, il décide d’abandonner ses fonctions de Grand Rabbin de France, tout en restant très actif dans la communauté juive et en publiant de nombreux ouvrages.

Isaie Schwartz

Fils de M. Seligmann, commerçant à Traenheim en d'Alsace, Isaie Schwartz est envoyé à Paris pour entrer au Talmud Torah, puis au Séminaire Israélite de France.
Après dix ans d'étude, il exerce la fonction de rabbin intérimaire à Marseille. Son premier poste de rabbin est Bayonne. À Bordeaux, il occupe le poste de grand-rabbin jusqu'en 1919, mais le Consistoire israélite du Bas-Rhin lui demande de revenir en Alsace, redevenue française, pour prendre la tête du rabbinat alsacien.
À la mort d'Israël Lévi, le Consistoire central fait appel au grand-rabbin de Strasbourg pour lui confier, à l'heure du début de la Seconde Guerre mondiale, la haute charge de grand-rabbin de France.
Le grand-rabbin Schwartz sera fait Officier de la Légion d'honneur.

Israel Levi

Israël Lévi fut Grand rabbin de France de 1920 à 1939. Il est l'un des plus grands érudits du judaïsme français de la seconde génération.

Il fait toutes ses études à Paris, fréquentant le Talmud Torah du Séminaire Israélite de France, avant d'y entrer. Zadoc Kahn, alors grand-rabbin de Paris, le remarque et en fait le rabbin-adjoint de la synagogue de la Victoire, ainsi que son secrétaire particulier, en 1882. Au vu du succès de ses sermons, Israël Lévi se voit confier en 1890 les conférences du dimanche, organisées par Zadoc Kahn, devenu grand-rabbin de France, pour attirer ceux qui avaient perdu l’habitude de fréquenter les offices sabbatiques.

En 1895, Zadoc Kahn fait appel à son gendre pour reprendre la direction de L'Univers israélite, après le départ du grand-rabbin Lazare Wogue. Israël Lévi ne le dirigera qu'une année, mais y collaborera longtemps. Dans ses articles, il cherche à rendre la connaissance du judaïsme accessible au simple fidèle, afin de le faire participer plus pleinement à la liturgie et aux célébrations.
Parallèlement, il en fait un organe de défense contre l'antijudaïsme et l'antisémitisme, affirmant les valeurs juives vis-à-vis du christianisme et, en pleine affaire Dreyfus, de réfutation des allégations antisémites contre les Juifs et le capitaine, dont il est un ardent défenseur.

Après la mort de Zadoc Kahn en 1905, Israël Lévi assure à titre officieux la mise en place des nouvelles structures nées de la séparation des Églises et de l’État. En tant que membre du comité central de l'Alliance israélite universelle, il inspecte en 1907 les écoles au Moyen-Orient, y compris celles en Palestine ottomane.
Aux élections de 1908 pour le grand-rabbinat du Consistoire central, on lui préfère le rabbin lyonnais Alfred Lévy, sous la pression des délégués de province. On crée cependant pour lui le poste de « grand-rabbin adjoint au grand-rabbin du Consistoire central » en 1914. La santé d'Alfred Lévy déclinant, Israël Lévi assure une seconde fois, toujours à titre officieux, la direction spirituelle du judaïsme français.

En 1915, il est envoyé par le président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, en mission spéciale à Salonique, ce qui aurait, selon son fils Robert Lévi, contribué à l'entrée en guerre de la Grèce au côté des Alliés. Élu grand-rabbin en 1920, il continue à mener de front ses fonctions de rabbin et d'érudit, dispensant un cours d'homilétique au Séminaire, et représentant le judaïsme français lors de l'inauguration de l'université hébraïque de Jérusalem en 1925.

Outre sa participation à L'Univers israélite, Israël Lévi écrit environ 400 articles, collaborant à diverses revues d'études juives, principalement la Revue des études juives dont il assure la direction, mais aussi à la Monatschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Judentums, la Jewish Quarterly Review et la Jewish Encyclopedia.
Ses sujets de prédilection sont d'une part l'histoire du judaïsme à l'époque du second Temple, ainsi que la littérature de cette période, en particulier la figure d'Alexandre dans le Talmud et le Midrash, d'autre part l'histoire des Juifs en France, examinée à travers l'antisémitisme et ses allégations d'une part, les écrits des rabbins français médiévaux d'autre part.
Il publie également, sur base d'une étude critique de manuscrits exhumés de la Gueniza du Caire par le professeur Solomon Schechter, l'édition française de L'Ecclésiastique ou la Sagesse de Ben Sira en deux volumes, en 1898 et 1901. Israël Lévi, dans les nombreuses conférences qu'il y consacre, insiste sur l'ambigüité de l'œuvre, spécifiquement juive mais comportant de nombreux apports philosophiques du paganisme.
Il rédige également en 1912 la critique du Document de Damas, dont deux fragments ont été découverts en 1910 dans la Gueniza du Caire par le même Solomon Schechter. Il y démontre notamment la parenté de ce texte, issu de la secte sadducéenne de Damas, avec ce que l’on savait alors des Esséniens, soupçonnant un rôle important de ceux-ci dans la naissance du christianisme. Ses hypothèses seront corroborées par la découverte des manuscrits de Qumrân, 35 ans plus tard. Son étude du Document permet aussi de compléter les indications du Talmud et de Flavius Josèphe sur les sadducéens et de mieux comprendre le climat politico-religieux des deux siècles qui ont précédé la destruction du Temple.

Alfred Lévy fut grand rabbin de France de 1907 à 1919.
Il entra en 1860 au Séminaire rabbinique de Paris, d'où il sortit diplômé en 1866. Rabbin de Dijon pendant deux ans, puis de Lunéville pendant onze ans, il devint grand rabbin de Lyon en 1880.
En 1907, il fut le successeur de Zadoc Kahn à la tête du Consistoire central. Cette élection l'avait opposé à un autre candidat, Israël Lévi, qui le seconda quelques années plus tard : d'abord nommé grand rabbin adjoint en 1914, lors de la déclaration de guerre, Israël Lévi exerça de fait les fonctions de grand rabbin de France durant les deux dernières années que vécut Alfred Lévy, affaibli par la maladie.
Il lui succéda en 1920.
Homme de culture, Alfred Lévy écrivit plusieurs ouvrages à caractère historique. Il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1888.

Zadoc Kahn

Zadoc Kahn est né le 18 février 1839 à Mommenheim. Il fut grand rabbin de France de 1889 à sa mort en 1905.

Admis au séminaire de Metz en 1856, directeur de l'école préparatoire au séminaire dès 1859, il est nommé en 1867 adjoint du grand rabbin de Paris, Lazare Isidor, puis lui succède en 1868 quand celui-ci est nommé grand rabbin de France.

Il est très affecté par la guerre de 1870 et la perte de son Alsace natale. En 1879, il fonde la Société des études juives, creuset du « franco-judaïsme ». En 1889, à la mort d'Isidor, il est nommé grand rabbin de France.

Luttant inlassablement contre l'antisémitisme, favorable à la colonisation de la Palestine organisée par Edmond de Rothschild, il joua un rôle important pendant l'Affaire Dreyfus (Alfred Dreyfus dont il avait célébré le mariage avec Lucie Hadamard, le 21 avril 1890, dans la synagogue de la Victoire à Paris).

Zadoc Kahn est nommé Chevalier de la Légion d'honneur en 1879 et Officier de la Légion d'honneur en 1901.

Lazare Isidor

Né à Lixheim, alors dans le département de la Meurthe, Lazare Isidor appartenait à une dynastie de rabbins qui remontait au XVe siècle, en Hesse-Nassau et en Alsace, et dont l'une des figures les plus connues était son arrière-grand-père Naphtali Hirsch Katzenellenbogen. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (7ème division).

En 1829, Lazare Isidor entra à l'École rabbinique de Metz, qui devint peu après l'École centrale rabbinique de France. Il fut nommé en 1837 rabbin de Phalsbourg, poste qu'il occupa durant dix ans. En 1839, il s'opposa au serment more judaïco, pratique discriminatoire qui obligeait les Juifs à prêter serment dans une synagogue lorsqu'ils devaient être entendus devant un tribunal. L'un de ces serments devant être prêté dans sa synagogue, le rabbin Isidor en refusa l'entrée, ce en quoi il enfreignait la loi. Il subit alors un procès qui lui valut la célébrité. L'avocat Adolphe Crémieux assura sa défense et obtint gain de cause. À la suite de ce procès, le décret instituant le serment more judaïco, dernière mesure vexatoire à l'encontre des Juifs de France, fut annulé par un arrêt de la Cour de cassation.

Devenu grand rabbin de Paris dès l'âge de 33 ans, en 1847, Lazare Isidor fut élu vingt ans plus tard grand rabbin de France, à la suite de Salomon Ulmann (1806-1865). Très populaire, il sut préserver la cohésion de la communauté tout en s'opposant au courant réformateur.

À partir de 1876, le grand rabbin Isidor décida de faire retraduire intégralement la Bible en français, dans une version accessible à tous, et mit en place les méthodes de travail pour ce projet. Les traducteurs collaboreraient gratuitement, supervisés par un comité composé par lui-même et par le grand rabbin Isaac Léon Trenel, assistés de Zadoc Kahn, alors grand rabbin de Paris – poste où il avait succédé à Lazare Isidor – et futur grand rabbin de France – poste où il succéda également à Lazare Isidor.

Salomon Ullmann

Salomon Ulmann fut grand rabbin de France entre 1853 et 1865. Après avoir été rabbin de Lauterbourg puis grand rabbin de Nancy, il succéda à Marchand Ennery, grand rabbin de 1846 à 1852, et fut suivi par Lazare Isidor.

Salomon Ulmann est l'auteur du « Catéchisme, ou Eléments d'Instruction Religieuse et Morale à l'Usage des Jeunes Israélites » et d'une série de notes biographiques concernant les Sages dont les noms propres sont mentionnés dans le traité Pirke Aboth (Maximes des Pères) qui intègre la Mishna.

Il présida la Société des livres moraux et religieux, qui édita pour la première fois, en 1859, le Dictionnaire Hébreu-Français des professeurs Nathaniel Philippe Sander et Isaac Léon Trenel.

Marchand Ennery étudia le Talmud sous la direction de Baruch Gougenheim, qui fut rabbin à Phalsbourg puis grand rabbin de Nancy, et à l'école rabbinique de Herz Scheuer à Mayence.
Nommé directeur de l'École israélite de Nancy en 1819, Marchand Ennery devint grand rabbin de Paris en 1830. Entre la mort d'Emmanuel Deutz, en 1842, et l'année 1846, le poste de grand rabbin du Consistoire central demeura vacant en raison des dissensions entre traditionalistes et réformateurs[2]. Lorsque le rabbin Ennery, connu pour être traditionaliste, proposa sa candidature en 1846, il parvint à éviter le conflit avec ses opposants et à se faire élire. Selon François Delpech, son « attitude conciliante » se révéla déterminante[3].

Le rabbin Ennery fut fait chevalier de la Légion d'honneur en 1850.

 

Emmanuel Deutz

Formé à la yeshivah de Mayence, Emmanuel Deutz revint à Coblence en tant que rabbin. Il participa aux assemblées de 1806 et de 1807. Selon les institutions fondées par Napoléon Ier, il devint grand rabbin du Consistoire central aux côtés de David Sintzheim et d'Abraham Vita de Cologna. À partir de 1822, il fut le seul grand rabbin. Après sa mort, en 1842, le siège demeura vacant pendant quatre ans avant l'élection de Marchand Ennery.

Tout en parlant couramment le français, il ne prêcha jamais dans cette langue.

Son existence fut assombrie par des épreuves familiales : son fils, Simon Deutz, se convertit au catholicisme peu après David-Paul Drach, lui-même gendre d'Emmanuel Deutz. Par ailleurs, Simon Deutz livra la duchesse de Berry aux autorités de la monarchie de Juillet.

David-Sintzheim

Né à Trèves (Allemagne) en 1745, David Sintzheim est issu d'une famille de rabbins. En 1785, il devient directeur de la yeshiva de Bischheim, puis est un des six délégués des juifs de l'est aux Etats Généraux de 1789. Après la Terreur, il devient rabbin de Strasbourg.

Convoqué à l'assemblée des notables par Napoléon en 1806, il est nommé président du Sanhédrin et devient le premier grand-rabbin du Consistoire central en 1808. Il peut donc être considéré comme le premier Grand Rabbin de France.

Il meurt à Paris en 1812.